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LE CORPS-DE-GARDE: L’<<ABA>>
DANS LE VILLAGE
La culture
fang est facilement reconnaissable dans de nombreux phénomènes typiques
que l’on retrouve partout où s’est installée cette ethnie en Afrique
Central, dans les trois républiques du GABON, de GUINEE-EQUATORIALE et du CAMEROUN. Ces principaux phénomènes
typiques – le récit épique du Mvet et toutes les danses culturelles qui
en découlent plus ou moins directement, le culte fondamental des
ancêtres <<Melan>> qui se célèbre au son auguste des
xylophones <<Mendzan-me-Biang>>, le régime matrimonial de
l’exogamie qui consiste à chercher obligatoiremnet son conjoint ou sa
conjointe à l’extéreur de son propre clan – ces phénomènes typiques,
disons-nous, caractérisent d’une façon radicale la culture Fang dans l’
ère bantoue qu’elle a envahie vraisemblablement depuis le XV-XVIe
siècle.
Outre ces quelques
faits indicatifs de la culture Fang sur lesquels on peut s’appesantir,
il existe d’autres réalités tout aussi originales et intéressantes à
analyser pour pénétrer les arcanes éthico-religieuses de la vie Fang.
Il s’agit des notions comme celle de: village, <<Dza>> ou
<<Dzal>> ou <Nnam> ou <<Nlam>> : c’est
plus que l’agglomération de quelques maisons à la campagne. Le village
désigne le lieu et tous les souvenirs qui y relient quelqu’un, à
savoir, ses plantations, ses forêts, ses rivières, c’est le lieu sacré
où ont vécu et continuent à vivre les vivants et les morts. C’est le
poids d’affection que chaque Fang porte vivant au fond de son cœur par
rapport au territoire où ses ancêtres ont planté leur demeure. Ce
souvenir est inextinguible.
Notion de
corps-de-garde << Aba >> : cette construction capitale dans
toute agglomération Fang: c’est le sujet même de la présente étude.
Enfin la notion de << Mbôô >> qui désigne un monde
supra-sensible, plus réel, selon les initiés, que le monde apparent
dans lequel nous nous mouvons. Ce monde ne se laisse pénétrer que par
les initiés aux mystères de la vie. Le <<Mbôô>> dont la
structure interne, complexe et énigmatique, échappe aux braves gens que
nous sommes, connaît une intense activé surtout la nuit. C’est à la
faveur du repos nocturne que les initiés, eux, entrent en action. Ils
entreprennent des voyages, des travaux, toutes sortes d’occupations
plus ou moins avouables. C’est une vision du monde si ancrée dans la
mentalité Fang que le <<Mbôô>> submerge complètement la vie
du monde terrestre et de tous les êtres. Tout y est organisé et semble
se réaliser avec une précision mathématique sous l’impulsion et avec le
concours des gands initiés du <<Mbôô>>, un village
échappe-t-il à un cataclysme, c‘est toujours grâce au
<<Mbôô>>. Et finalement tout phénomène qui sort de
l’ordinaire relève fatalement du <<Mbôô>>.
Phénomènes
sociologiques nombreux et aussi intéressants les uns que les autres,
nous nous limitons ici à l’etude du corps-de-garde, <<Aba>>
dans le village traditionnel Fang. C’est un sujet, semble-t-il qui
comporte des éléments très révélateurs sur la connaissance profonde non
seulement de la société Fang en tant que telle, mais sutout l’esprit à
la fois hospitalier et fortement viril, voire belliqueux de cette
ethnie.
Parler du
corps-de-grande <<Aba>>, c’est parler nécessairement du
village Fang. Car les deux réalisatés sont fondamentalement liées.
D’une façon absolue, un village Fang, petit ou grand, ne se conçoit pas
sans son corps-de-grande, son <<Aba>>, <<Meba>>
au pluriel, deux, trois, et davantage encore.
Avant d’analyser
en long et en large la notion d’<<Aba>> et toutes ses
imbrications sociologiques dans la vie du village et du clan, nous
situerons auparavant et décrirons le village Fang traditionnel.
Nous pouvons
considérer le village Fang sous deux aspects principaux, sa situation
géographique dans l’espace et dans le temps et son enveloppe
psychologique. En d’autres termes, statistique et dynamique.
La constitution du
village traditionnel Fang n’a pas tellement changé depuis fort
longtemps. il sétend toujours de chaque côté de la route principale qui
le traverse de part en part dans toute sa longueur. On peut remarquer
quatre rangées parallèles de constructions: de chaque côté de la voie
se situe au premier plan la rangée des maisions des hommes, mariés,
toujours de part et autre de la route, les cuisines des femmes. Entre
ces deux rangées d’habitations s’étend une cour d’environ six à huit
mètres de langeur. Les maisons des hommes sont imposantes et jouissent
d’un confort notable. Quant aux cuisines, ce ne sont ni plus ni moins
que des maison analogues aux précédentes, mais elles sont la résidence
réservée spécialement à la gent féminine et aux enfants. Elles sont
donc confortables, bien construites; elles doivent durer aussi
longtemps que les autres; elles sont en écorce d’arbre ou en d’autres
matériaux. Chaque femme est maîtresse dans sa cuisine à tous les points
de vues.
Le corps-de-garde
se dresse fièrement à quelques mètres seulement en bordure de la route
au centre du village. Si celui-ci est long, les <<Meba>>
trois, quatre et bien davantage sont situés le long de la route. Ils
sont construits avec les mêmes matériaux que ceux qui ont servi á
l’édification des autres maisons du village.
La notion de
village toujours sous son aspect statique ne recouvre pas seulement ces
éléments que nous venons de citer, elle implique aussi tout ce qui
justifie en quelque façon la posision géographique du village. Nous
mentionnerons les champs des cultures vivières: bananes, manioc,
arachides, des cultures industirelles, café, cacao, puis les rivières
où l’on pratique la pêche de génération en génération, comme les forêts
où l’on chasse également depuis toujours.
Nous entrons ainsi
dans l’aspect dynamique du village: c’est la nature providence
environnante qui participe à la survie du clan. Le village devient
réalité vitale, matrice véritable de tous les habitants de
l’agglomération. Le villageois et la villageoise, pour peu qu’ils
entrent dans la forêt, sont assurés des produits qu’ils vont en retirer
d’une manière ou d’une autre, depuis les fruits de leurs récoltes
jusqu’à ceux qui résultent de la pêche ou de la chasse. Cet
environnement géographique est si lié au village qu’il forme
pratiquement l’élément essentiel. On ne s’imagine pas un village Fang
sans cette composante indispensable. Il détermine et fixe l’image
précise du village comme une photographie chère. Voilà pourquoi il
n’existe pas de village véritable dans les villes bien que les citadins
construisent dans les quartiers par affinités claniques. Le village
représente enfin et très spécialement le passé, le présent et l'avenir
de l'environnement géographique précédent. Le passé, c'est dans cet
espace que les ancêtres ont vécu leur épopée: ils ont conquis
cette portion de terre par les armes, y ont célébré le culte des Melan,
s'y sont multipliés jusqu'aux générations contemporaines. Le présent,
même si le village a changé d'emplacement sur des kilomètres et des
kilomètres, il porte toujours som nom originel et bien plus, les
habitants restent tributaires de l'ancien emplacement: c'est là qu'ils possèdent encore leurs
plantations des cultures vivrières et industrielles. L'avenir, les villages se meurent
certes, sur le coup l'exode rural, phènomène
socio-économique de notre siècle, mais un petit nombre se mètamorphose
pour entrer plus en avant dans l'histoire: leurs habitants y
construisent en pierre qui défie l'usure du temps. Ces nouveaux types
de village ne se déplacent pas, au contraire, ils deviennent stables,
lieu de repli où l'on revient un jour
vivre les dernières
années de la retraite. En tout cas, on y revient de temps en temps avec
toute la famille pour y passer les vacances. Mon village en langue
Fang, << é dza dam >> comporte toutes les valeurs
sociologiques et psychologiques que nous venons de décrire.
Ecrit
par F. Okoue Ngou
Publié dans Monefang le 13 Août 2006
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