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 ART ET LITTERATURE FANG

Dans cette rubrique appelée « Art et littérature fang », nous allons à la fois étudier l’art fang et ce que nous nommons la littérature fang. Notons que la littérature fang, comme vous le savez certainement, comme la majorité des littératures négro africaine, est essentiellement orale. Elle s’exprime à travers les contes, les devinettes, les mythes…et son étude est l’objet d’autres rubriques. Cela ne signifie nullement que la culture fang soit dénuée d’une écriture, pour parler simplement. Car bien que rares, des productions religieuses telles que des bibles, des cantiques religieux…sont actuellement sur le marché et peuvent faire l’objet d’une acquisition par ceux qui le souhaitent, il suffit pour cela de frapper à la bonne porte. Celle qui va donc particulièrement nous intéresser dans cette rubrique est celle dite écrite ; et dans le répertoire des ouvrages que nous présenterons à son sujet, nous prendrons en compte les productions littéraires écrites par des fang comme par des non fang dans la mesure où le trait d’union de toutes ces productions resterait la culture fang. La question de la « littérature écrite fang » ne se pose donc plus car elle existe effectivement.


I- ART FANG

L’art fang s’inscrit dans une approche globale qui celle de l’art négro africain. On ne peu parler d’art fang sans notifier qu’elle fait pleinement partie de l’art négro africain et cela en tous points de vue. Mais parler aussi d’art fang, en voulant proposer au lecteur de ces lignes une vision uniformisante de celui-ci est une erreur car l’art fang, en lui-même, présente une richesse, une multiplicité, une variété de formes, de styles qui font qu’il varie sensiblement en fonction de la main qui le produit. Il est en même temps liberté de l’artiste et non liberté. Il est ambivalent, il effectue ce mouvement centrifuge et centripète dont parlait Senghor : au niveau formel, la production ntumu n’est pas exactement identique à la production mvaie, okak…par exemple. Les formes et les styles variant, si bien qu’une statuette byeri, tout en gardant généralement la même forme et le même sens (qui lui est toujours identique), porte la petite touche qui fera qu’un connaisseur puisse distinguer de quelle aire fang (mekê, boulou, betsi, ntoumou…) elle est originaire. Mais cela ne signifie nullement qu’il n’y ait pas de style artistique fang, celui-ci existe effectivement et tous ceux qui, comme Raponda Walker, se sont intéressés à cette question ont pu le vérifier. L’artiste fang travaille (ou travaillait) essentiellement avec les matériaux que lui offrait la nature. Cela pouvait être le fer, le bois, les feuilles d’arbres, les lianes, la terre (la boue)…et même les coquillages des escargots. Ces derniers servaient par exemple à la fabrication d’un genre de cuillères que l’on nommait « akoalat ».

Aujourd’hui la technique du travail du fer a quelque peu disparu. Et pourtant pendant longtemps elle a occupé une place importante dans la société fang traditionnelle. Chaque village ayant son éyélugn (sa forge) et son (ou ses) nlugn (forgeron), qui à l’aide du nkoum (machine qui servait à souffler le feu), produisait des bijoux et des armes (de guerre et de chasse). Parmi les bijoux qui ornaient le fang traditionnel figuraient ceux-ci : au cou, il portait un collier appelé nkiéme, aux bras il avait une forme de bracelet que l’on nommait « nvoat » ou tout simplement « oshun » et ses chevilles étaient ornées par des « bibat ». L’artiste fang fabriquait des vêtements avec un outil qu’il appelait « fene ». De nos jours, seule la technique du bois a pu se maintenir. Mais le bois servait également à la fabrication d’objets cultuels (statuettes par exemple) car, chez les fang comme chez tous les négro africains, il n’y a pas d’art pour l’art. L’art a une autre dimension qui n’est pas celle de plaire aux yeux, mais d’aider à établir le contact avec les ancêtres protecteurs défunts. Dans le cadre du culte du byeri (voir rubrique « religion fang »). Reportons-nous un instant à ce long mais important commentaire établi par un connaisseur qui a pu admirer une statuette byeri. Il écrit : « Ce qui frappe en premier lieu lorsque l’on regarde la statuette du byeri, c’est sa massivité et la compacité de ses volumes. La tête énorme par rapport à la petite taille de la statuette est surmontée d’une coiffure casque à trois « coques » finement ciselées figurant des cheveux nattés et qui retombe en catogan sur la nuque. Le front en quart de sphère est exagérément bombé, la face étroite, les yeux clos, la bouche esquissée d’une fente étroite et arquée. Le torse, formé par le prolongement du cou, fait apparaître en relief un nombril saillant sur le ventre proéminent en dessous duquel est taillé un sexe masculin. Les membres partent du tronc constitué d’un gros cou et de la colonne vertébrale sur lesquels était fixé une tige permettant de fixer la statuette sur le couvercle de la boîte à relique. Du postérieur bombé, partent les jambes trapues et fléchies qui sont censées reposer sur le couvercle du reliquaire. Les mains à cinq doigts de la sculpture soutiennent un gobelet à offrande à l’aplomb du menton. La statuette en bois est enduite de patine noire. Il s’agit maintenant d’étudier le rapport des formes et des fonctions que nous venons d’évoquer.



 Nous adopterons trois angles de vue différents afin de comprendre la dimension artistique de cette statuette. Dans un premier temps, on pourra penser que les formes sont complètement déterminées par les fonctions pratiques, rituelles et cultuelles. Puis, nous essaierons d’appréhender la marge de liberté laissée au sculpteur dans la statuaire fang, ce qui nous permettra de repérer les spécificités formelles de cette statuette. Notre troisième hypothèse rendra compte d’une dimension artistique émanant des fonctions elles-mêmes. Tout d’abord, il s’agit de voir dans quelle mesure, les formes de la statuette anthropomorphe fang correspondent à ses fonctions. Les formes de la statuette sont en étroite corrélation avec sa symbolique de la dualité complémentaire du nourrisson et de l’ancêtre. La tête ronde à la grosseur disproportionnée, le sexe visible et marqué, le ventre ballonné, le nombril proéminent faisant sans doute référence au cordon ombilical et ses genoux pliés évoquent la position d’un fœtus dans le ventre de sa mère. D’ailleurs, le fœtus pourrait être le symbole du passage de l’être qui se trouve entre le néant et la vie. Dans le même temps, les yeux fermés sont le signe de l’introspection, et l’aspect hiératique et symétrique, tout aussi bien que la pureté de la forme et le front bombé renvoient à la sagesse du vieillard et à la méditation spirituelle de l’ancêtre. La disproportion des formes se donne ici en un équilibre condensé, à une mesure et une retenue (qui pourrait coïncider avec son rôle de gardienne) que l’on pourrait opposer à l’exubérance excessive d’un jeune adulte. De plus, la raideur du dos permet à la figure de byéri d’être fixée sur la boîte à reliquaires. Les statuettes sont faites pour être vues de loin dans la pénombre. C’est ce qui légitime ici son aspect massif et la patine noire dont elle est enduite. On peut penser que la petitesse de la statuette est contrebalancée par la brillance qui émane d’elle et qui lui permet d’attirer le regard chaque fois qu’un rai de lumière s’accroche sur sa matière. Le sculpteur a réussi à conserver l’aspect mystérieux de la figure par le bois très noir qu’il a utilisé, à en faire un objet facile à déplacer, et à lui donner une épaisseur spirituelle complexe puisqu’elle ne se laisse aborder que grâce à des reflets qui doivent lui donner, dans la pénombre, des formes toujours différentes à découvrir toujours différemment. La patine noire sert enfin à protéger la figure de reliquaire du sang sacrificiel dont elle est aspergée pendant le culte. Ainsi donc, la statuette est comme « surdéterminée » d’un point de vue formel. Chaque forme est symbolique, les couleurs, les proportions, la matière sont autant de codes qui constituent un message, et le récipient entre les mains de l’objet pourrait lui aussi être significatif de l’entrée en contact et en relation par le don de l’offrande. De ce point de vue, on pourrait considérer le rapport entre formes et fonctions de la statuette comme l’analogue de la matérialisation de l’idée dans la forme du langage : le message est la fonction initiale de l’objet, ses formes sont la parole permettant de le transmettre. Et si comme le pense Saussure, signifiant et signifié sont le recto et le verso d’une même page, formes et fonctions sont ici corollaires. Dans cette optique, la statuette, fixée sur la boîte à reliques, est un signal qui désigne les ossements cachés. On pourrait considérer que la quasi absence de détails (elle n’a pas de trace de scarification…) témoigne de la rigueur à laquelle le sculpteur s’est tenu, et qu’aucun artifice visuel (aucun « bruit ») ne viendrait entraver la valeur communicationnelle de la statuette. On pourrait rapprocher cette « surdétermination » de la statuaire fang à la statuaire grecque dans laquelle chaque élément formel trouve son équivalent symbolique. Car dans cette statuette aussi, l’artiste fang bénéficie d’une marge de liberté. Si les fonctions de la statuette semblent interdire quelconque marge à l’interprétation individuelle du sculpteur, une part de liberté est cependant laissée à l’artiste fang. Revenons d’abord à l’identité formelle des statues fang afin de définir le « surplus » esthétique laissé aux mains de l’artiste. Entre naturalisme et abstraction géométrique, cette esthétique repose sur l’équilibre et la complémentarité des oppositions ainsi que sur la rondeur des formes. L’agencement entre les pleins et les creux, les surfaces polies et luisantes ou l’équilibre des volumes géométriques en sont les principales caractéristiques. Cette tradition plastique fortement implantée dans les pays fang laisserait ainsi les éléments décoratifs dépendre de la liberté de l’artiste. On voit bien dans cette statuette l’attention portée à la finition des quelques détails. Les cheveux tressés en une coiffure très élaborée seraient le signe d’une initiative de l’artiste (pour ce que nous en savons, car il pourrait tout aussi bien s’agir d’un autre code) et répondraient dans un jeu d’équilibre des formes à la pureté et à la simplicité attribuée au reste du corps. Il semblerait tout aussi bien que le menton de la statuette exagérément en avant de sa bouche, en soit une autre spécificité, l’artiste ayant fait preuve d’une grande audace. La forme générale de la statuette est sculptée grossièrement dans le bois qui est laissé au choix de l’artiste (le bois est dans la statuaire africaine une des données les plus importantes car il figure le lien entre l’homme et la nature), et il faut remarquer par exemple que l’une des principales contraintes est la constitution d’un corps central assez massif pour pouvoir fixer la tige qui va servir de support de la statuette sur le reliquaire. L’organisation des articulations du corps, est, malgré la disproportion requise, un signe de qualité artistique. On peut ajouter que les figures de reliquaire répondent à des lois de frontalité et de symétrie, les fronts sont bombés, les ventres plus ou moins proéminents, les jambes fléchies… Encore une preuve (plus sociologique cette fois) d’existence du style fang, est la catégorisation en sous-styles : au nord des pays fang, les volumes sont plutôt longilignes, tandis qu’au sud, les statuettes sont trapues (« bréviforme ») ; ainsi que l’existence d’une communauté de « critiques » fangs. Ainsi donc, la statuette byeri statuette semble détenir des caractéristiques propres issues de l’expression personnelle du sculpteur.

Le choix du bois, l’œil expert avec lequel il sculpte des proportions harmonieuses qui donnent le rythme à l’objet (on observe par exemple une coupure de rythme entre les nattes anguleuses et géométriques de cheveux et la rondeur du front, probablement exagérée à cet effet), donne au sculpteur fang une grande responsabilité quant au résultat final de l’œuvre. Pourtant, on peut considérer ici que la fonction cultuelle de la statuette lui attribue a fortiori une valeur artistique. Finalement, les fonctions sont dépassées de manière intrinsèque. Comme la beauté (« mvêgn ») est chez les Fang le bon extériorisé, la dimension artistique naît ici de l’extériorisation matérielle des fonctions spirituelles. La fonction sacrée de la statuette est tellement forte, que la forme elle aussi doit dégager cette force spirituelle incarnée. La statuette ne doit pas seulement être belle pour être désirable à regarder, elle doit de surcroît être un objet de culte, c’est pourquoi, elle dépasse largement les frontières de la transmission d’un message comme les autres ou de l’artisanat. Au travers d’elle peut se réaliser le culte des ancêtres et elle représente à la fois l’infiniment concret de l’identité du lignage pour lequel elle a été conçue et l’infiniment abstrait de l’esprit humain dont elle est le symbole. Cette tension entre ces deux essences complémentaires est matérialisée ici par le naturalisme abstrait des formes, et c’est cette tension qui, à mon sens, la fait aussi accéder au rang d’œuvre d’art. » L’art fang a fait vendre et fait encore vendre. Il n’est pas rare aujourd’hui de trouver des œuvres fang sur des étagères des collectionneurs des antiquités qui se vendent en milliers d’euros. Le quotidien gouvernemental gabonais L’Union avait d’ailleurs rapporté il y a quelques années la vente d’une œuvre artistique fang en Europe qui s’était élevée en milliers d’euros. Un commentateur nous dit par exemple ceci à cet effet : « Jacob Epstein possédait l'une des plus belles collections privées de figures fang au monde comprenant six têtes et douze statues. On a beaucoup écrit sur l'influence de l'art d'Afrique et d'Océanie, et de l'art fang en particulier, sur ses sculptures. Il est évident qu'Epstein était enthousiasmé par les formes audacieuses caractéristiques de la statuaire fang. La figure de reliquaire fang-Gabon (estimation : 30.000-50.000 €), qui sera mise en vente est un personnage masculin classique dans ses volumes portant une coiffure en forme de casque séparé en sa partie médiane. » L’art fang a également fait des émules. La rumeur publique (qui s’est avérée vraie) affirme que des artistes européens tel que Picasso s’en sont inspirés et en ont tiré une bonne partie de leur gloire.


 II- LITTERATURE FANG

Quelques livres pour votre culture générale de ce qui constitue la littérature écrite fang :

 1- BIYOGO (G.), Encyclopédie du mvett, Paris, éd. Menaibuc, 2002.

 2- LARGEAU (V.), Encyclopédie pahouine, Paris, éd. Leroux, 1901.

 3- Tsira NDONG NTOUTOUME, Le mvet : épopée fang, Paris, Présence africaine, …

 4- MINTSA (J.), Histoire d’Awu, Paris, Gallimard, 1996.

 5- OYONO (F.), Une vie de boy, Paris, Julliard, 1956.

 6- OWONDO (L.), Au bout du silence, Paris, Hatier, 1985.

 7- MONGO BETI, Le pauvre christ de Bomba, Paris, Laffont, 1956.

 8- MONGO BETI, Mission terminée, Paris, éd. Buchet-Chastel, 1957.

 9- MONGO BETI, Le roi miraculé, Paris, éd. Buchet-Chastel, 1958.

 10-EZA BOTO, Ville cruelle, Paris, Présence africaine, 1954.

 11-OCHA'A MVE BENGOBESAMA (C.) Semblanzas de la Hispanidad, Madrid, Ediciones Guinea, 1985.

 12- BIEBUYCK (D.), Un mvet de ZUE NGUEMA, Genève, Librairie Ellispe, 2006.

écrit par Adzidzon Bekale                                   
le samedi, 11 juin 2006
                                                                       





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