LA LEGENDE DE BINGO
(1)
Un jour, il arriva que Nzame
descendit sur la terre. Il se promenait au bord du fleuve,
assis dans un canot qui marchait tout seul, tout seul. Nzame
ne pagayait pas. Il accosta près d’un grand village, voulant
monter à l’abègne pour interroger les
hommes. Mais voici qu’une jeune fille vint puiser de l’eau à la
fontaine. Nzame la vit et l’aima, car elle était
bonne travailleuse et ardente à l’ouvrage non moins que jolie. Il lui
donna un
fils et l’emmena avec lui, bien loin, dans le pays d’où l’on ne revient
pas. Mboya, c’était le nom de la jeune fille, Mboya ne revint jamais.
Quand son temps fut arrivé, Mboya
eut un fils et l’appela
Bingo ; pourquoi, je n’en sais rien, personne ne me l’a dit, ce
doit être
un nom de là-bas. Bingo grandissait, grandissait chaque jour, et Mboya l’aimait plus que toute autre
chose au monde. Dans ses cheveux, elle mettait l’Elàli,
la fleur aimée des oiseaux, dans on petit nez, elle passait
une torsade de perles, son cou et ses bras étaient ornés de bracelets
de cuivre
soigneusement fourbis chaque matin.
Bingo grandissait,
grandissait toujours, et Mboya
l’aimait plus que toute autre chose au monde.
Nzame
en conçut une grande colère, et un jour, irrité de ce que l’enfant
Bingo avait
volé un poisson dans sa propre réserve, il attacha Mboya
dans la case, et empoigna Bingo et le précipita d’en haut.
Bingo tomba, tomba longtemps : déjà il
était presque mort, lorsque les flots de la grande eau, par-delà les
montagnes,
s’entrouvrirent sous son corps, et bien heureusement pour lui. Bien
mieux
encore, il se trouvait qu’il n’était pas loin du rivage : un
pêcheur était
dans sa barque, avec ses filets pour attraper du poisson. Il recueillit
Bingo
et l’emmena dans sa case. Le nom du vieillard était Otoyôm.
A
peine Nzame avait-il jeté Bingo que Mboya
se précipitait à son secours.
Parfois, la nuit, avez-vous vu dans la forêt une flamme errante qui va
çà et là
s’agitant ? Avez-vous entendu une voix de femme qui s’en va bien
loin,
appelant, appelant sous les ramures ? Ne craignez pas ! C’est
Mboya qui cherche son enfant, Mboya
qui ne l’a jamais retrouvé. Une
mère ne se lasse pas.
Bingo tombé, Mboya partie, Nzame se
précipite : il voulait à tout prix retrouver Bingo. Sur mère, il
le
cherche : Mer, mer, as-tu vu Bingo ? Sur terre, il le
cherche :
Terre, terre, as-tu vu Bingo ? Et la terre et la mer
répondent : Non,
non.
Impossible de le trouver. Otoyôm,
grand sorcier, avait reconnu la
haute naissance de Bingo, et ne voulant
point le livrer, le cachait avec soin. (Ici les conteurs introduisent
une foule
d’incidents, Nzame découvre toujours
la retraite de Bingo, mais toujours celui-ci lui échappe, grâce aux
conseils et
à l’aide d’Otoyôm, tantôt au fond
d’une caverne qu’une large pierre ferme soudain, tantôt dans le tronc
d’un
arbre, tantôt dans une forêt enchantée dont les arbres poussaient à vue
d’œil,
drus et serrés, à mesure que Nzame
les abattait.)
Au fond d’une caverne, Bingo s’est
réfugié ; la caverne est profonde et noire, Bingo dit en son
cœur : Là,
je suis en sûreté, et il y demeura longtemps.
Nzame
cependant continuait sa poursuite acharnée, et chaque jour il
disait : Je
retrouverai Bingo et je mangerai son cœur. Mais Bingo était dans la
profonde
caverne, au milieu de la forêt. Nzame
arrive à la forêt : il rencontre le Caméléon.
« -
Caméléon, as-tu vu Bingo ? »
Mais celui-ci, qui ne veut pas se
compromettre, répond :
« - J’ai
bien vu passer un homme, mais qui m’eût dit son nom !
-
Et où allait-il, où est son
village ?
-
Il allait tantôt ici, tantôt
là ; son village est
de l’autre côté de la forêt.
-
Et de cela, y a-t-il
longtemps ?
-
Les jours sont longs, chaque
jour est un long temps,
oui, il y a longtemps ».
Nzame s’en va
dépité, et tandis qu’il cherche çà et là les traces
de Bingo, le Caméléon court à la caverne : « Bingo, ton père
te
cherche, prends garde », et il s’en va un peu plus loin, sur le
haut du
rocher.
Bingo, averti, efface
soigneusement sur le sol les traces de ses pas, puis va dans un sentier
fréquenté, sur un sol dur, et de là retourne à sa caverne. Mais il a
soin de
marcher à reculons, le dos le premier. Il arrive et se cache au
fond :
tout aussitôt. Ndanabo, l’Araignée,
tend sa toile à l’entrée, une toile épaisse et forte et, dans les fils
de la
toile, Caméléon, en hâte, jette les mouches et les insectes.
Nzame a continué
sa poursuite ; il rencontre Vière, le serpent.
« -
Vière, as-tu vu
Bingo ? »
Vière répond :
« -
Oui, oui.
-
Est-il dans la caverne de la
forêt ?
-
Oui, oui. »
Publié le 20/02/2008
Auteur:
Ekouge du village
Angol
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