Fragment de l’intervention d’ESSONNE MFOULOU-ZE
sur les notions de
Nti, Beti, Fang et Ekang.

Intervention mise en ligne sur le forum de www.monefang.com
dans la rubrique "Culture et société fang"


    Tu parles de NTI, il est possible que cette explication ait pu t'être donnée. Cela s'explique d'une part par le fait qu'il y a un amalgame entre, d'une part la notion de NTI qui est un import ou encore un anglicisme qui provient de MONTY (il faut que je vérifie l'écriture de mot) et qui désigne chez les anglishes une sorte de seigneur ou quelque chose dans le genre chef ou encore apparatchik... qui pouvait assujettir et aligner un bout de territoire placé sous son contrôle par un souverain. Et d'autre part la notion de NTSI qui, chez les Fang, désigne le territoire. La tendance qui place l'origine de BETI dans le terme NTI proviendrait en fait de ce qu'une autre explication pour le groupe verbal "Bone be Tsira" (j'en profite pour rectifier ce terme que j'ai malencontreusement écrit "E bone Tsira" dans ma première explication) préfère la formulation "Bone be Ntsi". Tu conviendras avec moi que dans ton village, pour désigner les villageois, c'est-à-dire les habitants de ton village, on dit certainement encore aujourd'hui : "Bone ou encore Bongo be nlâm". C'est le même principe au niveau territorial pour désigner le groupe qui l'occupe et qu'on peut assimiler à la notion de NATION FANG. Je disais d'ailleurs dans mon propos que le terme BETI qui, au sens des présentes explications ou des premières qui sont très proches et tiennent toutes deux la route, était certainement bien à propos pour désigner la Nation Fang, aussi bien dans son approche historique, territoriale, communautaire et culturelle.

Là où j'apportais une nuance, c'est quand on prend en compte le fait migratoire, tant dans sa dimension temporelle que spatiale. En d'autres termes du point de vue historique comme de l'occupation progressive  des zones de sédentarisation. On voit, en effet que la zone décrite dans mon propos qui couvre une partie du Cameroun, du Gabon et du Congo et qui est même extensible jusqu'en RCA actuelle, est sans aucun doute possible la zone de sédentarisation première de l'intégralité du groupe, immédiatement après l'entrée de celui-ci dans la zone forestière équatoriale.


    Petit parallèle : compte tenu de l'importante étendue de ce territoire, il n'est d'ailleurs pas exclu que la langue, quoique homogène dans une très large mesure, comporte déjà à ce niveau des différences d'intonation qui ont pu s'accentuer avec l'éloignement qui s'est produit par la suite pour des causes que nous pouvons difficilement dissocier des besoins mercantiles aujourd'hui. Puisque le commerce avec l'occupant blanc des côtes est une des principales activités qui se pratiquaient à cette époque-là. Et les hostilités que cette arrivée massive des Fang a générées restent d'ailleurs encore perceptibles aujourd'hui dans les rapports que les Fang du Gabon, par exemple, entretiennent avec leurs voisins du pays. Bref... Pour clôturer le petit parallèle, disons que l'apparente disparité des "dialectes" Fang (c'est en fait le terme approprié pour désigner les variantes d'une même langue. Il est parfois utilisé de manière abusive pour parler des groupes linguistiques qui n'ont rien à voir entre eux), prendrait donc sa source dans cette possibilité qu'il y ait déjà eu au départ des intonations localisées de la langue ou même des champs lexicaux différenciés en fonction des concentrations territoriales pour les raisons qui sont les mêmes que dans de nombreuses langues Indo-Européenne par exemple (Le Français que l'on parle à Marseille n'est pas si loin de celui qu'on parle dans le nord. Et pourtant quelle différence!). Et l'adaptation aux divers milieux et aux populations qu'ils y côtoient a fait le reste.


    Mais revenons à notre recherche en explication des origines du terme BETI. Ce qui est formidable avec notre culture orale, c'est qu'une même histoire peut être rapportée de façons si différentes qu'on finit par croire à une multiplicité des faits. Là réside la richesse même de notre imaginaire !... Cependant, quand on y regarde avec la parcimonie nécessaire, on s'aperçoit bien vite de la similarité des faits ou tout au moins de leur unicité.


    Si nous sommes d'accord sur ce point, reportons nous alors à ce terme Fang qui fait débat. D'abord j'émets quelques réserves au sujet de la thèse qui veut que les Fang (entendons pour l'instant par là ceux de cette culture qui sont restés du côté du Gabon) aient été les premiers que les Mi Ntang'ane ont "vu". Si la rencontre avec nos frères humanoïdes de la tribu des rosacés (Ils ne sont pas blancs, pas plus que nous ne sommes noirs!... Mais c'est un autre débat) s'est produite pour les M'adzo na du Gabon dans les zones que nous connaissons, il reste que des rencontres de cette même nature se sont produites avec les même rosacés, fussent-ils de nationalités différentes, ailleurs. Et personne ne peut  dire avec certitude  quelle est l'antériorité de l'une sur l'autre des rencontres. Cela dit, quand on lit des écrits qui traitent de l'histoire de ces mêmes rencontres vues par les rosacés eux-mêmes, la seule véritable méprise qu'ils commettent au sujet précis du nom de ceux devant qui ils sont en si grande admiration est quand ils les indexent dans leurs carnets de voyage comme étant des Panhouin" (voir l'explication que j'ai fournie à ce sujet). Le reste du temps, ils parlent bien des FANG. Cependant, on note bien que la difficulté de compréhension du phénomène Fang les amène à vouloir entrevoir des différences, voire même des clivages et des lieux de dissidence dans ce qu'ils perçoivent comme des formes divergentes de langages. C'est eux qui introduisent cette notion de disparité et aggravent même les choses en suggérant, entre les dialectes Fang, des rapports conflictuels de dominants/dominés. D’où le débat sans objet de "Qui a assimilé qui?" ou qui est plus de la pure civilisation Fang que qui?". D'ailleurs le subterfuge n'a pas longtemps échappé aux concernés eux-mêmes qui ont tenté, en 1944, de remédier à ce problème naissant en organisant le fameux "Congrès Fang de Mitzic" (recherchez des écrits de Ballandier à ce sujet).

On voit donc bien que le problème de la désignation des M'adzo na" est faux. Lors de ce congrès qui a d'ailleurs à tort ou à raison généré les plus grandes inquiétudes au reste de la planète et qui a réuni les représentant de toutes les variantes Fang et des Meyong de la sous-région, ceux qui disent "M'adzo na" parlaient d'une seule voix d'un "Congrès Fang" en termes de "Esulane be Fang" ou encore "Esulane Meyong". Et il s'agissait pour eux, non pas d'élire un roi comme l'a cru l'occupant à l'époque, ignorant que la notion de roi chez les Fang était proscrite (lointain souvenir désagréable des dérives de Pharaon en Egypte?), mais bien pour restaurer les mailles du tissus communautaire qui se trouvaient malmené par les divisions de tous ordres.


    Voilà qui nous enseigne de façon satisfaisante sur l'unicité primaire de la Nation Fang. Et du même coup, nous pousse à dire que le terme Fang est bien générique et s'appliquait, au départ à tous.
    Par ailleurs celui de Ekang que tout le monde semble avoir adopté ici est lui aussi discutable. Mais je ne souhaite pas soulever de polémiques non opportunes sur des questions simples de sémantique. Toutefois, nous devons tous avoir en tête que le Mvett est une invention postérieure au début des migrations Fang, du moins pour ce qui est du départ de la vallée du Nil. Pour être plus précis, lorsqu’Oyono Ada entre en catalepsie dans le but de trouver un moyen de galvaniser les troupes qui fléchissaient devant l'hostilité des peuples que les Fang croisaient sur leur chemin, il en revient avec un récit qui vante la bravoure du peuple Ekang Na Mebeghe. Les Ekang Na Mebeghe, à ce moment là, ne sont pas les peuples qui migrent. Ils sont censés sortir de la mythologie Fang comme étant ces ancêtres dont la vaillance et la gloire doivent inspirer les Be Wòle (Soldats ou guerriers) qui assurent la sécurité des processionnaires. Quelque part, on peut être tenté de dire se dire une chose : «  si nous sommes les descendants des Ekang Na Mebeghe, c'est que nous en sommes, non? »

Hé, bien oui et non. Oui parce que dans la logique, cela est tout ce qu'il y a de plus plausible. Mais si nous nous référons à la manière dont s'achèvent les Endann de nous tous, on voit bien que la plupart remonte jusqu'à Zame Ye Mebeghe ou même jusqu'à Eyô, le grand créateur dans toute sa divinité. Pourtant, nous ne nous appuyons pas sur ces faits pour nous prendre pour des Zame, des Mebeghe ou des Eyô en puissance! Donc, se dire Ekang aujourd'hui pourrait être considéré comme une forme d'hérésie, si tel est que ce terme peut s'appliquer en l'espèce sur le cas qui nous occupe. Il ne faut pas oublier qu’Ekang Na Mebghe est, dans notre mythologie, un peuple céleste considéré comme le "Chœur des anges" de Na Mebeghe. C'est-à-dire ceux qui ont pour mission de lui chanter des louanges. Ou encore ceux pour qui Na Mebeghe a de bonnes dispositions d'écoute, parce que leurs actes et leurs paroles lui sont agréables.

                                                                                                                                    


Publié le 16/05/2008                                                Auteur:   Essonne Mfoulou-Ze