Le mythe est défini par le dictionnaire de la langue
française comme « un récit imaginaire conçu pour expliquer des aspects
mystérieux de la réalité ou de la destiné humaine ». La version du
mythe de l’évou que nous vous proposons est un récit qui nous
présente comment l’évou a été introduit dans la communauté fang. Nous
voulons signaler que l’évou est un petit animal (mystique ou réel ?)
qui est bien réel dans l’imaginaire collectif fang et qui est doté d’un
important pouvoir de nuisance.
Voici le mythe :
« L’évou vivait dans la forêt et se nourrissait de la chair et du sang
des animaux. Un jour qu’elle se rendait au champ, une femme trouva une
biche morte. Tout heureuse, elle mit l’animal dans sa hotte et rentra
chez elle. Pendant toute l’année, elle eut ainsi la chance de ramasser
un gibier tout tué dans un coin précis de la forêt que tout le monde
ignorait et qui était en réalité le repaire de l’évou. Au village, elle
était devenue l’épouse « chasseur », ce qui lui donna une grande
réputation. Son mari était heureux d’avoir une femme de cette valeur.
Ses enfants étaient bien nourris, de même que ses sœurs, ses parents et
ses invités. Tout son entourage était heureux.
La femme ignorait ce qui tuait les bêtes. Elle aurait voulu le savoir
mais n’y arrivait pas. Un matin de grande pluie, elle prit son panier
pour visiter son coin à gibier ; elle trouva, fraîchement abattue, une
antilope. Au moment où elle s’apprêtait à la soulever, elle aperçut
l’évou qui en suçait le sang.
-Que viens-tu faire ici ? s’écria l’évou. Ce lieu est
ma propriété.
La femme, toute tremblante, répondit à l’évou qu’elle souhaitait nouer
des relations d’amitié avec lui.
-Je t’apporterai du village du tabac, du sel, et toi tu me fourniras
toujours du gibier, dit-elle.
L’évou rétorqua qu’il ne se nourrissait que de sang et que
l’offre de la femme ne lui convenait pas. Il lui laissa cependant
l’antilope après l’avoir vidée de son sang et ils allaient se séparer.
Mais la femme, considérant que l’évou lui avait rendu de grands
services, se mit en tête de le recevoir au village. Mais comment porter
un évou ? Dans la hotte ? Non ! La femme était perplexe.
-Ouvre la bouche, si tu veux me porter, dit l’évou, car je suis très
délicat, une brindille suffit pour me blesser.
La femme ouvrit alors la bouche et l’évou s’y engouffra, jusqu’aux
entrailles.
Ainsi arrivèrent-ils au village.
Cette femme n’était pas pauvre. Elle avait déjà de
nombreux enfants et
possédaient une grande basse-cour composée de poules, de coqs, de
pintades, de dindons, de canards, ainsi qu’un troupeau de chèvres et de
moutons. Or l’évou lui apprit ses méthodes de sorcellerie, notamment sa
science de dédoublement. En échange, chaque fois qu’évou avait faim, la
dame lui offrait un sujet de sa basse-cour. Mais l’évou est très
glouton ; la volaille n’a pas assez de sang pour le rassasier. Il
fallait donc au moins cinq à six poules par repas. Aussi, en quelques
semaines, la volaille eut-elle disparu et il fallait entamer le
troupeau de moutons. Quelques mois après, il n’y avait plus un mouton.
La femme commença à lui livrer les bêtes appartenant à d’autres
personnes. Devant ce désastre inexplicable, les éleveurs du village
décidèrent d’abandonner ces lieux pour s’installer ailleurs. Restée
seule avec son mari et ses enfants, la femme ne savait plus que faire.
Les demandes de l’évou devenant de plus en plus
pressantes car il
menaçait de la manger elle-même au cas où elle ne lui donnerait rien à
manger, elle se résolut à sacrifier un à un ses enfants, et l’évou prit
ainsi l’habitude de se nourrir de sang humain. Il n’est plus retourné
dans la forêt. Il est resté au village où il s’est multiplié, et l’on
prétend depuis que chaque enfant apporte en naissant son évou ; aussi,
bon nombre de décès du village sont-ils attribués à l’évou. A ce
propos, on entend souvent dire d’une façon mystérieuse en parlant d’un
mort : « Il a été mangé… ». Par qui ? Devinez. Telle est la
légende de l’évou ».
Pour terminer, nous voudrions dire aux lecteurs que nous avons
rencontré d’autres versions (assez similaires sinon) de ce même mythe.
Mais nous avons choisi de mettre celle-ci en ligne.