Dans un village, naquit une fille d’une
grande beauté. Elle avait un oncle
paternel qui préférait qu’elle demeure
dans la famille au lieu de se
marier
comme ses sœurs.
Devenue adolescente, elle souffrait de
rester seule, sans homme pour son amour et sa compagnie. Pour se
distraire,
elle prit l’habitude d’aller passer ses moments de loisirs au bord du
fleuve
qui coule derrière le village, soit pour pêcher, soit tout simplement
pour
contempler les allées et venues des poissons. Ce jour-là, à son plus
grand
étonnement, elle aperçut de l’autre côté du fleuve un jeune homme de
bonne
taille qui l’appelait ; il était assis sur la berge tenant une
canne à
pêche. Elle fut étonnée de voir à cet endroit la présence d’une vie
humaine. De
son côté, le jeune homme se demandait par quel mystère cette fille
avait pu
traverser le fleuve car, en fait, c’était le côté supposé inhabité de
la forêt.
Il décide alors d’aller rejoindre la fille.
A défaut d’une
embarcation,
il eut
l’idée d’abattre un grand arbre qui est tombé en travers du cours
d’eau ;
il utilise son pont de fortune et le voilà à côté de la fille.
« Comment
t’appelles-tu ? Es-tu mariée ? » interroge Mbone
Emane. La fille
répondit qu’elle a une interdiction absolue de se marier. Comme les
deux jeunes
se sont aimés, ce lieu est devenu leur lieu de rencontre journalière.
Chaque
jour, la fille s’y présentera avec les mets préparés pour le repas de
son amant
qui, lui, remet en retour les produits de sa chasse et de sa pêche à sa
préférée.
L’oncle d’Aboume Nguele a donné à
sa nièce une meilleure destinée. Celle-ci
devait accomplir cette destinée sous le toit de son père. Si elle ne
respecte
pas cet interdit, elle ne réalisera son éventuel mariage qu’au pays des
morts.
Après ces paroles, son oncle a rendu l’âme et s’installa dans l’au-delà.
Les deux amants ont continué leur existence
commune. Après quelques années, ils décidèrent de s’unir. Mais le père
de la
fille a précisé à sa fille les interdits de son oncle décédé il y a un
bon
moment. Aboume Nguele veut coûte que
coûte se marier à Mbone Emane. Ce
soir-là, après une courte
entrevue, la fille confie à son amant sa détermination de se rendre au
pays des
morts. Elle doit y rencontrer son oncle en vue de son mariage. Mbone Emane ne peut se séparer de sa
bien-aimée, il ira avec elle au pays des morts y rencontrer son
beau-père sur
les conseils de qui il épousera Aboume
Nguele.
Mais comment y aller ? Son amie, elle,
possède le secret pour aller au pays des morts ; Mbone,
lui, n’en connaît rien. La fille a dit au revoir à Mbone
Emane et a disparu. Tout
désemparé, Mbone Emane se met à
chercher sa préférée. Après une journée de recherche, il découvre les
traces de
ses pas. Comme un chasseur, il s’est mis à sa poursuite. En chemin, il
s’est
vite rendu compte qu’il n’est plus dans la nature du soleil. Il
rencontre un
singe armé d’une arbalète. A la question de savoir comment un singe
peut-il
chasser d’autres singes, Mbone subira
une sévère correction. Mais on lui montrera la voie à suivre.
« Continue
ton chemin, lui disent les singes, mais sois prudent. » A u bout
de
quelques pas, il trouve le pied de manioc en train d’arracher les
tubercules ;
étonné, il s’arrête et se demande comment un pied de manioc peut se
livrer à un
tel travail ? Le pied de manioc s’arrête et se rue sur Mbone
pour le corriger. « Continue
ton chemin, lui dit cependant le pied de manioc après la correction,
mais à
l’avenir, garde-toi de parler trop vite… ».
Suivant les traces de sa bien-aimée, il
arrive au bord d’une grande étendue d’eau, la mer, où disparaissent les
traces
du passage d’Aboume Nguele. Comme il
ne sait plus où aller, il est obligé de passer la nuit au bord de
l’eau. A la
tombée du soleil, il entend des coqs chanter non loin de là. Il est
contraint
de chercher ce village qu’il aperçoit après avoir parcouru une courte
distance.
Le curieux village ne compte qu’une case blottie entre les
broussailles. Mbone a peur de s’y approcher quand il
entend une voix l’appeler. Etonné, il s’approche et voit une vieille
femme
toute perdue qui l’invite à prendre place. Le lieu est insalubre, des
ordures
et des mauvaises odeurs rendent la case inaccessible. Mais il fait
nuit, Mbone n’a pas le choix de décliner
l’offre de la vieille. Il prend place malgré lui avec, au fond de son
cœur,
quelques appréhensions.
« Que viens-tu faire ici ?
interroge la vieille. Mbone répond
qu’il va à la recherche de sa future épouse dont l’oncle se trouve au
pays des
morts. « Comme il se fait tard, reprend la vieille femme, tu
passeras la
nuit ici pour reprendre ta marche demain matin ». Mbone
a passé toute la nuit à rêver, à se tourner sans cesse en se
posant des questions sur l’issue de son voyage.
Le
matin venue, la vieille explique à Mbone
qu’elle est sa tante décédée avant sa naissance. Avant son départ, la
tante a
pris des dispositions pour le repas du matin. Pour Mbone,
la préparation de ce repas a été un mystère. La vieille a
appelé un grain de courge qui s’est fait écraser pour donner une
assiette
pleine de pâte. Les feuilles de bananier, pour faire le paquet, se sont
détachées d’elles-mêmes et le paquet s’est posé seul dans le feu, y
compris les
doigts de banane ; quelques temps après, tout est prêt. Mbone a mangé à sa faim en poussant
discrètement des « Akié »
d’étonnement.
Avant de quitter sa tante, il a reçu de
celle-ci un fétiche qui doit désormais l’aider dans sa vie. En
l’offrant à son
neveu,
la vieille lui a dit : « Garde précieusement ce
fétiche
parlant, ne fais rien avant de l’avoir interrogé ».