Conte fang



 
 
  
 
LE MARIAGE MYSTERIEUX
DE
MBONE EMANE ET D’ABOUME NGUELE (1)    
                      
                                                                                                                                                                    
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« Owoula Yaa ! Yaa ! Owoula Vimm ! Vimbeng ! »

    Dans un village, naquit une fille d’une grande beauté. Elle  avait un oncle paternel qui préférait qu’elle demeure
dans la famille au lieu de se marier comme ses sœurs.

    Devenue adolescente, elle souffrait de rester seule, sans homme pour son amour et sa compagnie. Pour se distraire, elle prit l’habitude d’aller passer ses moments de loisirs au bord du fleuve qui coule derrière le village, soit pour pêcher, soit tout simplement pour contempler les allées et venues des poissons. Ce jour-là, à son plus grand étonnement, elle aperçut de l’autre côté du fleuve un jeune homme de bonne taille qui l’appelait ; il était assis sur la berge tenant une canne à pêche. Elle fut étonnée de voir à cet endroit la présence d’une vie humaine. De son côté, le jeune homme se demandait par quel mystère cette fille avait pu traverser le fleuve car, en fait, c’était le côté supposé inhabité de la forêt. Il décide alors d’aller rejoindre la fille.

A défaut d’une embarcation, il eut l’idée d’abattre un grand arbre qui est tombé en travers du cours d’eau ; il utilise son pont de fortune et le voilà à côté de la fille. « Comment t’appelles-tu ? Es-tu mariée ? » interroge Mbone Emane. La fille répondit qu’elle a une interdiction absolue de se marier. Comme les deux jeunes se sont aimés, ce lieu est devenu leur lieu de rencontre journalière. Chaque jour, la fille s’y présentera avec les mets préparés pour le repas de son amant qui, lui, remet en retour les produits de sa chasse et de sa pêche à sa préférée.

    L’oncle d’Aboume Nguele a donné à sa nièce une meilleure destinée. Celle-ci devait accomplir cette destinée sous le toit de son père. Si elle ne respecte pas cet interdit, elle ne réalisera son éventuel mariage qu’au pays des morts. Après ces paroles, son oncle a rendu l’âme et s’installa dans l’au-delà.

    Les deux amants ont continué leur existence commune. Après quelques années, ils décidèrent de s’unir. Mais le père de la fille a précisé à sa fille les interdits de son oncle décédé il y a un bon moment. Aboume Nguele veut coûte que coûte se marier à Mbone Emane. Ce soir-là, après une courte entrevue, la fille confie à son amant sa détermination de se rendre au pays des morts. Elle doit y rencontrer son oncle en vue de son mariage. Mbone Emane ne peut se séparer de sa bien-aimée, il ira avec elle au pays des morts y rencontrer son beau-père sur les conseils de qui il épousera Aboume Nguele.

    Mais comment y aller ? Son amie, elle, possède le secret pour aller au pays des morts ; Mbone, lui, n’en connaît rien. La fille a dit au revoir à Mbone Emane et a disparu. Tout désemparé, Mbone Emane se met à chercher sa préférée. Après une journée de recherche, il découvre les traces de ses pas. Comme un chasseur, il s’est mis à sa poursuite. En chemin, il s’est vite rendu compte qu’il n’est plus dans la nature du soleil. Il rencontre un singe armé d’une arbalète. A la question de savoir comment un singe peut-il chasser d’autres singes, Mbone subira une sévère correction. Mais on lui montrera la voie à suivre. « Continue ton chemin, lui disent les singes, mais sois prudent. » A u bout de quelques pas, il trouve le pied de manioc en train d’arracher les tubercules ; étonné, il s’arrête et se demande comment un pied de manioc peut se livrer à un tel travail ? Le pied de manioc s’arrête et se rue sur Mbone pour le corriger. « Continue ton chemin, lui dit cependant le pied de manioc après la correction, mais à l’avenir, garde-toi de parler trop vite… ».

    Suivant les traces de sa bien-aimée, il arrive au bord d’une grande étendue d’eau, la mer, où disparaissent les traces du passage d’Aboume Nguele. Comme il ne sait plus où aller, il est obligé de passer la nuit au bord de l’eau. A la tombée du soleil, il entend des coqs chanter non loin de là. Il est contraint de chercher ce village qu’il aperçoit après avoir parcouru une courte distance. Le curieux village ne compte qu’une case blottie entre les broussailles. Mbone a peur de s’y approcher quand il entend une voix l’appeler. Etonné, il s’approche et voit une vieille femme toute perdue qui l’invite à prendre place. Le lieu est insalubre, des ordures et des mauvaises odeurs rendent la case inaccessible. Mais il fait nuit, Mbone n’a pas le choix de décliner l’offre de la vieille. Il prend place malgré lui avec, au fond de son cœur, quelques appréhensions.

    « Que viens-tu faire ici ? interroge la vieille. Mbone répond qu’il va à la recherche de sa future épouse dont l’oncle se trouve au pays des morts. « Comme il se fait tard, reprend la vieille femme, tu passeras la nuit ici pour reprendre ta marche demain matin ». Mbone a passé toute la nuit à rêver, à se tourner sans cesse en se posant des questions sur l’issue de son voyage.

    Le matin venue, la vieille explique à Mbone qu’elle est sa tante décédée avant sa naissance. Avant son départ, la tante a pris des dispositions pour le repas du matin. Pour Mbone, la préparation de ce repas a été un mystère. La vieille a appelé un grain de courge qui s’est fait écraser pour donner une assiette pleine de pâte. Les feuilles de bananier, pour faire le paquet, se sont détachées d’elles-mêmes et le paquet s’est posé seul dans le feu, y compris les doigts de banane ; quelques temps après, tout est prêt. Mbone a mangé à sa faim en poussant discrètement des « Akié » d’étonnement.

    Avant de quitter sa tante, il a reçu de celle-ci un fétiche qui doit désormais l’aider dans sa vie. En l’offrant à son neveu,
la vieille lui a dit : « Garde précieusement ce fétiche parlant, ne fais rien avant de l’avoir interrogé ».

 
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Publié le 12/02/2008                                                Auteur:   Mongo Nnam