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Origines des fang
Le peuple Fang est un peuple négro-africain que l’on
retrouve aujourd’hui en Afrique centrale. On le rencontre au Cameroun,
au Congo, au Gabon, en Guinée-Equatoriale et même en République du Sao
Tomé où les 9, 5°/° d’une population estimée à 175.883 sont fang et
parlent encore cette langue malgré la forte pression du portugais (la
langue officielle de cet archipel) et de tous les créoles parmi
lesquels le créole santoméen ou forro (usité par 81, 7 °/° de
personnes), le créole angolare (parlé par 3,7°/° de santoméens) et le
créole monco (utilisé par 2,9°/° de personnes).
La structure interne
fang se présente de cette manière : au sommet de la pyramide se situe
l’ethnie ( fang ) , ensuite celle-ci se divise en principaux
sous-groupes (Mvaie, Mékê, Ntoumou, Betsi, Nzaman, Boulou, Okak, Eton,
Ewondo, …), qui à leur tour se divisent en d’autres sous-groupes (
ayong ), en des tribus, (agonavèign, essabock, nkodjeign, efak,
yendzok…), qui se scindent encore en clans (ndat bot), en familles (au
sens de famille élargie). Le clan est le noyau de cette structure.
De
nombreuses thèses ont été avancées par des chercheurs pour situer leur
origine. Lagneau, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, pour ne citer
qu’eux, ont situé l’origine des fang dans la vallée du Nil et plus
précisément en Egypte. Les chercheurs occidentaux ont ainsi parfois
construit autour de cette ethnie de véritables mythes qui
malheureusement, pour certains, sont encore dans l’inconscient
collectif des fang et des peuples avec lesquels ils cohabitent au
quotidien. Le mythe du fang barbare, anthropophage est à cet effet
encore bien tenace. Il suffit encore, de nos jours, d’entendre, telle
une rengaine, dans la bouche de certains qui assistant par exemple à
une bagarre d’ivrognes opposant deux fang, ou même un fang et quelqu’un
d’autre, s’exclamer : « Ah ! encore les fang et la violence ! ».
Aujourd’hui encore, au Gabon par exemple, nombreuses sont ces jeunes
filles qui se refusent à entretenir une relation amoureuse avec un fang
au prétexte que ce dernier serait naturellement trop violent. C’est
donc dire que des survivances demeurent dans l’inconscient collectif
même si l’on ne le dit pas. Mais il est bien vrai que, volontairement
ou pas, certains fang se plaisent eux-mêmes à entretenir ces images du
fang anthropophage, violent…Il suffit de les entendre menacer de vous
manger ! Cependant, ces mythes construit et maintenus au fil des
années, ne reflètent en rien la réalité. Les villages fang ne sont pas
des champs de batailles dans lesquels la violence est quotidienne et
les hommes fang ne sont pas des bourreaux qui oppriment leurs épouses à
coups de poings. Certes il y a des rixes, qui se règlent d’ailleurs
rapidement, comme dans toutes les communautés humaines, mais ce n’est
pas une habitude fang précisément. La société fang est normée, les
règles, les rapports humains,…font l’objet d’un code oral, la coutume
ou la tradition. Et transgresser une règle est toujours mal perçu. Au
prorata de la transgression, un châtiment ou une peine est infligé non
seulement pour que cela ne se répète, mais également pour que ceux qui
seraient tentés d’imiter se ravisent très rapidement. L’inceste est à
cet effet le péché le plus grave. Deux jeunes convaincus d’inceste sont
le plus souvent châtiés nus au corps de garde devant tout le village.
Mais en retour, le respect de ce code oral, ce qui est le cas le plus
souvent, est signe de stabilité et de tranquillité. Au sujet de
l’anthropophagie, elle n’est pas une institution culturelle chez les
fang. Peut être (et certainement comme partout ailleurs) qu’il y a
certains individus qui, à titre individuel, ont usé de cette pratique,
pour des desseins personnels, mais cela n’est et n’était nullement un
fait culturel. Au contraire, chez les fang, comme chez tous les peuples
négro africains, la personne humaine est sacrée.
Pour revenir à la
question des origines des fang proprement dite, nous ne voulions plus
suivre les sentiers battus par Cheikh Anta Diop et les autres. Nous
voulions interroger les fang eux-mêmes, notamment les anciens, pour
qu’ils nous situent par rapport à l’origine de ce peuple. Nous voulions
également mener une réflexion sur leur langue, car la langue, même si
nous ne nous en rendons pas compte, cache souvent bien des surprises.
Les anciens avec lesquels nous avons discuté, tels les vieux Ayo,
Akoba, Bitegue…nous ont tous répondu invariablement que les fang
reviennent d’ « Okü ». « Okü » est un mot qui s’oppose à « Ekiègn ». Il
signifie à la fois « le Nord » et « l’amont (quant il s’agit de parler
d’une rivière ou d’un fleuve) » tandis que « Ekiègn » signifie « le Sud
» et « l’aval (quant il s’agit de parler d’une rivière ou d’un fleuve)
». Dans la phrase « Bot be ye Okü », la traduction française donnera «
Les gens du Nord ». Tandis que dans celle-ci : « Bot be ye Ekiègn »,
elle donnera : « Les gens du Sud ». D’après ces anciens, l’Afrique
centrale ne serait donc pas le foyer originel des fang, ceux-ci
viendraient du Nord (le Nord de l’Afrique). D’après eux toujours, ce
n’est qu’au terme d’une grande et longue migration appelée « Obane »
que les fang sont arrivés dans leur foyer géographique actuel : au
Cameroun, au Congo, au Gabon, en Guinée Equatoriale et au Sao Tomé. Les
documents historiques le soutiennent car ils affirment que la présence
fang a été signalée pour la première fois en Afrique centrale, et
notamment dans la région de l’Estuaire au Gabon, vers le début du 19e
siècle. Xavier CADET dans ses travaux de recherches sur les fang parle
plus exactement de 1819. Nous le citons : « L’intérêt de “ l’esquisse ”
de Bowdich réside dans le fait qu’elle révèle dès 1819 l’existence des
Fang, connus alors sous le nom de “ Paamouay ” (qui se lit Pamoué,
correspondant à “ Pamue ”, l’appellation hispanisante des Fang) ». Mais
il est plus que probable et logique qu’avant que cette « présence fang»
ne soit signalée dès 1819, les fang se trouvaient déjà dans cette
région d’Afrique centrale. Si nous suivons leurs migrations, il est
logique qu’elle se signalait déjà dans d’autres régions d’Afrique
centrale avant cette date et surtout si l’on considère que cette région
de l’Estuaire se situe presque à l’extrémité sud du pays fang et qu’ils
y sont arrivés par le Nord. Rappelons à ce niveau que ce que nous
entendons par pays fang n’est rien d’autre que l’espace géographique
occupé par les fang en Afrique centrale, et cet espace est sensiblement
supérieur/inférieur ou égal aux 267.667 km2 du Gabon car il prend en
compte toute la Guinée Equatoriale, la moitié nord du Gabon, la moitié
sud du Cameroun, une faible partie du nord-ouest du Congo et une très
faible partie de Sao Tomé.
L’étude dans la langue fang vient à la
rescousse des affirmations de ces anciens que nous avons rencontrés. En
effet, les linguistes savent qu’une langue (et les mots qu’elle
utilise) n’est jamais fortuite. Les mots qu’elle utilise et qu’elle
crée sont souvent en relation avec l’environnement immédiat du
locuteur. Ils parlent souvent de signifié et de signifiant pour poser
la différence et le rapport qu’il y a entre le mot que nous prononçons
(le signifiant) et l’objet ou la chose que nous désignons (le
signifié). On ne peut avoir un signifiant, un mot, sans référent, sans
signifié. Or, la langue fang foisonne aujourd’hui de mots dont on ne
retrouve pas les référents en Afrique centrale. Ce qui soutient que
leur environnement originel ne soit pas cette partie de l’Afrique. Ils
ont par exemple un mot pour désigner la girafe. Ils disent « Ekoak ».
La girafe est un animal que l’on rencontre sur la façade indienne de
l’Afrique dans la savane : de l’Egypte, à la corne de l’Afrique, en
passant par le Soudan, le kénya…jusqu’en Afrique du Sud. Nous ne
pourrions pas rechercher l’origine des fang en Afrique du Sud car
eux-mêmes affirment revenir du Nord. Il conviendrait donc de la
rechercher, par rapport à l’actuelle situation géographique du pays
fang vers le Nord, c’est-à-dire vers l’Egypte, le Soudan,…Si nous nous
permettons une digression utile, nous affirmerions qu’elle se
trouverait plutôt du côté de l’Egypte et du Soudan (Royaumes de Kousch,
Méroé, Axoum) ; la relation entre le symbolisme de l’Egypte antique et
celui des fang est frappante. Nous ne décortiquerons pas toute cette
question. Nous pourrions tout simplement, pour terminer, rappeler que
comme en Egypte antique, chez les fang, le bâton est le symbole de
l’autorité, du pouvoir. C’est celui qui détient le pouvoir qui détient
le bâton. Chez les fang, on dit « ntoum édjiê », littéralement le «
bâton du pouvoir ». Nous rappellerons également cette habitude
funéraire des fang qui consiste à tondre ou à raser les cheveux (Akous)
de celui ou de celle qui a perdu (dont le conjoint est décédé) son
conjoint (époux ou épouse). C’est une pratique ancienne dont les
origines sont à rechercher dans l’Egypte antique. Merci.
écrit par Adzidzon Bekale
mercredi, 08 juin 2006
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