Réligion




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Un artiste Fang

















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Le culte Fang ou Byéri



Le mot << réligion >> provient du grec << religare >> qui signifie relier. Cela étant posé, on peut affirmer que la réligion est
une dé marche, individuelle ou collective, que l'on adopte en vu d'établir un lien entre d'un côté l'individu (ou la collectivité) et, de l'autre, la divinité.  Cette démarche peut être individuelle ou collective. Dans le cas des fang, elle est restée à la fois individuelle (au sens de la famille) et collective (au sens de toute la communauté). Les fang traditionnels n'avaient pas une réligion qui imposait un rapport unique avec la collectivité car celle-ci relevait du cadre familial. Nous pouvons même dire qu'elle relevait surtout du cadre familial. Certes, la réligion était collective, mais le rapport entretenu etait individuel (au sens de la famille). Il n'y avait pas un ordre de grands prêtres qui prêchaient et disaient la messe tous les dimanches. Quelle fut donc cette réligion? La réponse est simple: le byéri. Le byéri, en tant que réligion, était commun à tous les fang, qu'ils soient
mekê, mvaie, ntoumou, zaman, okak, betsi ... tandis que sa pratique demeurait strictement familiale. Mais, au-delà du fait qu'il soit une réligion, qu'est-il concrètement ? Que désigne-t-il ? Comment s'établissent les contacts avec les ancêtres divinisés ? Et par quel canal s'établissent-ils ?


Le byéri désigne à la fois la croyance dans les ancêtres protecteurs, le rituel et les objets nécessaires au culte (la statuette mais aussi le coffre reliquaire où sont entassés crânes, dents et toute sorte d’os exceptés les côtes et le bassin). Le culte du byéri célébrant les ancêtres défunts est pratiqué dans tous les villages fang (populations du Cameroun, du Gabon, du Congo, de Guinée Equatoriale et de Sao Tomé). Le byéri est une réponse au besoin de vie face à l’agression permanente de la mort qui est une véritable obsession. C’est un souvenir dont les vivants doivent s’occuper ; en contrepartie, les morts aident les vivants. C’est pourquoi, le culte des ancêtres est particulièrement prégnant lors des moments graves de la vie (guerre, maladie, famine, mariages, deuils…). On conserve les reliquaires des défunts illustres du lignage dans la maison. Chaque lignage ou « famille étendue » dont les membres peuvent être des descendants lointains, qui sans se connaître, sont liés entre eux par un devoir d’entraide et des interdits sexuels, possède un byéri particulier. Celui-ci est gardé par l’ésa, le patriarche qui a droit du culte des ancêtres.
La statuette est donc une médiatrice entre le monde des morts et le monde des vivants, car elle est une incarnation de la force spirituelle des ancêtres. Elle a pour fonction d’être la gardienne des ossements pour que le lien soit maintenu avec l’au-delà.


Le byéri est conservé dans un coin obscur de la chambre du chef. Le dos de la statuette est équipé d’un système qui permet de la faire tenir en position assise sur le récipient dans lequel sont conservés les reliques. Ni les femmes ni les enfants, ni toute autre personne non-initiée n’a le droit de voir cette statuette. Le byéri est nourri, puis on le laisse seul pour qu’il consomme symboliquement les offrandes qui sont ensuite mangées réellement par les initiés. Il est aussi parfois aspergé par du sang sacrificiel.


Cela ne devrait surtout pas faire croire ou faire dire au lecteur de ces lignes que le fang traditionnel méconnaissait l’existence de Dieu. Ce point sera développé dans d’autres rubriques. Cependant, ce que nous pouvons dire à ce niveau, c’est que le fang traditionnel reconnaissait l’existence de Dieu, il le craignait et l’invoquait. Seulement il Lui attribuait une valeur tellement haute qu’il pensait qu’il lui était impossible, lui simple mortel, d’être directement en contact avec Lui ou de parler directement de Lui. C’est pourquoi passait-il par le canal des ancêtres défunts qui intercédaient en sa faveur  auprès de la divinité.


Le byéri n’était pas une simple statuette, nous l’avons vu plus haut, il était bien plus que ça. C’était la porte qui permettait aux vivants de soumettre leurs doléances aux défunts qui eux, étaient plus proches de la divinité que les vivants. Le rapport Dieu-vivants étant directement impossible.


Par le canal du byéri les vivants demandaient et obtenaient indirectement de Dieu (mais directement des ancêtres defunts) tout ce dont ils avaient besoin.                               


                                                                   
                                                                                                   Auteur: Adzidzon Bekale   (2006)